Article rédigé et signé par Maître David Tapiero, Avocat au Barreau de Paris
À retenir : un bail commercial correctement rédigé ne se limite pas à fixer un loyer. Il doit organiser précisément l’occupation des locaux, la répartition des charges, les garanties du bailleur et les conséquences des manquements du locataire.
La signature d’un bail commercial engage le bailleur pour une durée souvent longue. Pendant cette période, le propriétaire doit préserver la valeur de son patrimoine, sécuriser le paiement des loyers et anticiper les situations susceptibles de générer un contentieux : impayés, dégradations, changement d’activité, sous-location non autorisée ou cession du bail.
Certaines mentions sont imposées par le statut des baux commerciaux. D’autres clauses, négociées entre les parties, permettent de mieux protéger le bailleur à condition d’être rédigées avec précision et de respecter les dispositions impératives du Code de commerce.

Sommaire
- 1. Décrire précisément les locaux et leur destination
- 2. Sécuriser le loyer, l’indexation et le dépôt de garantie
- 3. Répartir clairement les charges, taxes et travaux
- 4. Prévoir une clause résolutoire efficace
- 5. Encadrer la sous-location, la cession et les garanties
- Questions Fréquentes
- Chiffres Clés
1. Décrire précisément les locaux et leur destination
Une désignation complète des lieux loués
Le bail doit identifier les locaux avec suffisamment de précision : adresse, superficie, étage, accès, dépendances, réserves, caves, parkings, terrasses, équipements et parties communes utilisées.
Une description imprécise peut créer des difficultés lorsque le locataire revendique l’usage d’un espace non prévu au contrat ou lorsque le bailleur souhaite faire constater une occupation irrégulière. Il est donc recommandé d’annexer un plan des lieux et de distinguer clairement les surfaces privatives des parties communes.
L’état des lieux d’entrée doit également être détaillé. Il doit décrire l’état de chaque pièce, des installations et des équipements. Il constituera un élément de preuve essentiel lors de la restitution des locaux.
« Un état des lieux est établi lors de la prise de possession des locaux par le locataire et lors de leur restitution. »
Article L145-40-1 du Code de commerce
"L’état des lieux doit être établi lors de la prise de possession et lors de la restitution des locaux"
— Code de commerce, article L145-40-1
Une clause de destination suffisamment encadrée
La clause de destination précise l’activité autorisée dans les lieux. Elle doit être cohérente avec la configuration du local, les règles d’urbanisme, le règlement de copropriété et les contraintes de l’immeuble.
Pour protéger le bailleur, il est préférable d’éviter une formule trop large comme « tous commerces », sauf si celle-ci correspond réellement à la stratégie patrimoniale du propriétaire. Une destination précisément définie permet notamment :
- de contrôler l’activité effectivement exercée ;
- d’éviter les nuisances ou risques liés à une activité non prévue ;
- de préserver la conformité avec le règlement de copropriété ;
- de vérifier si une demande de déspécialisation est nécessaire ;
- de limiter les risques liés à une activité réglementée.
Le bail peut aussi prévoir que toute modification substantielle de l’activité devra faire l’objet d’une information préalable et, lorsque la loi l’exige, d’une autorisation du bailleur.
2. Sécuriser le loyer, l’indexation et le dépôt de garantie
Déterminer précisément les modalités de paiement
Le contrat doit mentionner le montant du loyer, la périodicité du paiement, la date d’exigibilité, le mode de règlement et les conséquences d’un retard.
La rédaction doit éviter toute ambiguïté entre loyer, provisions sur charges, taxes récupérables, dépôt de garantie et éventuel pas-de-porte. Chaque somme doit être identifiée et documentée.
Depuis le 28 mai 2026, certains locataires exerçant une activité de commerce ou de prestations de services peuvent demander la mensualisation du loyer lorsqu’ils remplissent les conditions prévues par l’article L145-32-1 du Code de commerce. Le bailleur doit donc intégrer cette évolution dans sa gestion contractuelle.
Prévoir une clause d’indexation cohérente
Une clause d’échelle mobile permet de faire évoluer automatiquement le loyer selon un indice déterminé. Pour les activités commerciales ou artisanales, l’indice des loyers commerciaux — ILC — est généralement utilisé. Pour certaines activités tertiaires, l’indice des loyers des activités tertiaires — ILAT — peut être pertinent.
La clause doit préciser :
- l’indice choisi ;
- le trimestre de référence ;
- la périodicité de l’indexation ;
- la formule de calcul ;
- la date d’application du nouveau loyer ;
- les modalités de notification au locataire.
Une clause mal rédigée, dépourvue de lien avec l’activité concernée ou prévoyant un mécanisme déséquilibré peut être source de contestation.
Pour les baux conclus ou renouvelés à compter du 28 mai 2026, les parties peuvent également prévoir une clause d’indexation dite « tunnel », limitant la variation à la hausse comme à la baisse dans les proportions prévues au contrat.
📊 Plafonné à trois mois de loyers – Dépôt de garantie dans un bail commercial signé ou renouvelé à compter du 28 mai 2026
Encadrer le dépôt de garantie et les garanties complémentaires
Le dépôt de garantie doit être expressément prévu au bail, avec son montant, sa date de versement et ses conditions de restitution ou d’imputation.
Il ne constitue toutefois pas une garantie suffisante dans toutes les situations. Le bailleur peut également négocier :
- un cautionnement solidaire du dirigeant ou d’un tiers ;
- une garantie bancaire à première demande ;
- une garantie autonome ;
- une assurance contre les loyers impayés, lorsque les conditions sont réunies ;
- une garantie de la société mère lorsque le locataire appartient à un groupe.
Ces garanties doivent être vérifiées avant la signature : identité et solvabilité de la caution, pouvoirs du signataire, durée de l’engagement et périmètre des obligations garanties.
3. Répartir clairement les charges, taxes et travaux
Un inventaire précis des charges récupérables
La répartition des charges, impôts, taxes et redevances doit être détaillée dans le bail et ses annexes. Une clause générale mettant « toutes les charges » à la charge du locataire est insuffisante lorsque la loi impose une information précise ou interdit certains transferts.
Le bail doit notamment distinguer :
| Poste | Points à préciser |
|---|---|
| Charges communes | Entretien, nettoyage, éclairage, gardiennage |
| Taxes | Taxe foncière, taxe d’enlèvement des ordures ménagères, taxes spécifiques |
| Consommations | Eau, chauffage, électricité ou compteurs individualisés |
| Travaux d’entretien | Maintenance courante et réparations locatives |
| Gros travaux | Travaux relevant de l’article 606 du Code civil et exclusions légales |
| Gestion | Honoraires de gestion ou frais administratifs, selon leur nature |
Le bailleur doit conserver les justificatifs et respecter les obligations d’information du locataire. La transparence contractuelle réduit le risque de contestation et facilite le recouvrement des sommes accessoires au loyer.
Encadrer les travaux et les transformations
Le bail doit préciser les conditions dans lesquelles le locataire peut réaliser des travaux, installer une enseigne, modifier les vitrines ou transformer les locaux.
Une clause protectrice peut prévoir :
- l’autorisation écrite préalable du bailleur ;
- la remise de plans et de devis ;
- le respect des règles d’urbanisme et de copropriété ;
- l’intervention d’entreprises assurées ;
- la souscription d’une assurance dommages-ouvrage lorsque nécessaire ;
- la remise en état des lieux en fin de bail ;
- l’absence d’indemnisation des améliorations, sauf accord contraire.
Le bailleur doit toutefois éviter de transférer au locataire des obligations qui ne peuvent légalement lui incomber. La clause doit donc être adaptée à la nature des travaux et à la réglementation applicable.

4. Prévoir une clause résolutoire efficace
La clause résolutoire est l’une des protections les plus importantes du bailleur. Elle permet de prévoir la résiliation du bail en cas de manquement contractuel, notamment en cas d’impayés, de défaut d’assurance, de sous-location interdite ou de non-respect de la destination des lieux.
Elle doit identifier clairement les obligations dont la violation pourra entraîner la résiliation. Une rédaction trop générale ou imprécise peut compliquer la mise en œuvre de la procédure.
En matière de bail commercial, l’article L145-41 du Code de commerce prévoit notamment que la clause résolutoire ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit reproduire, à peine de nullité, les mentions prévues par le texte.
« Toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. »
Article L145-41 du Code de commerce
"La clause résolutoire ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux"
— Code de commerce, article L145-41
La clause ne permet donc pas une expulsion immédiate. En pratique, le bailleur doit respecter une séquence rigoureuse :
- identifier le manquement ;
- adresser un commandement conforme ;
- vérifier l’expiration du délai légal ;
- saisir le juge si le locataire ne régularise pas ;
- faire exécuter la décision par un commissaire de justice.
La clause résolutoire doit être rédigée en tenant compte des règles applicables aux procédures collectives. L’ouverture d’une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire ne permet pas de prévoir une résiliation automatique du bail.
5. Encadrer la sous-location, la cession et les garanties
Réglementer la sous-location
La sous-location doit être interdite ou strictement encadrée. Le bail peut prévoir que toute sous-location est subordonnée :
- à l’accord préalable et écrit du bailleur ;
- à la communication du projet de contrat ;
- à la vérification de l’activité du sous-locataire ;
- au maintien de la responsabilité du locataire principal ;
- au respect de la destination et du règlement de copropriété.
Le locataire principal doit rester responsable du paiement du loyer et de l’ensemble des obligations contractuelles, même lorsqu’un tiers occupe les lieux.
Organiser la cession du bail
Le bailleur peut encadrer la cession du droit au bail, sous réserve des limites prévues par le statut des baux commerciaux. Il est notamment possible de prévoir une procédure d’agrément, la présentation du cessionnaire, la production de garanties financières et la signature d’un acte constatant la cession.
Lorsque le locataire cède son fonds de commerce, le bailleur ne peut pas toujours s’opposer à la cession du bail qui l’accompagne. Le contrat doit donc distinguer clairement la cession isolée du droit au bail et la cession du fonds de commerce.
Une clause de garantie solidaire peut également prévoir que le cédant garantit le paiement des loyers et l’exécution du bail par le cessionnaire, dans les limites fixées par la loi. Cette garantie est notamment encadrée dans le temps.

Check-list des clauses à vérifier avant signature
| Clause | Objectif pour le bailleur |
|---|---|
| Désignation des locaux | Éviter les contestations sur les surfaces et dépendances |
| Destination | Contrôler l’activité et limiter les nuisances |
| Loyer et paiement | Faciliter le recouvrement des sommes dues |
| Indexation | Préserver l’évolution économique du loyer |
| Dépôt et garanties | Réduire le risque d’impayé |
| Charges et taxes | Éviter les contestations sur les refacturations |
| Travaux | Contrôler les transformations et la remise en état |
| Assurance | Vérifier la couverture des risques liés à l’activité |
| Clause résolutoire | Organiser la résiliation en cas de manquement |
| Sous-location | Éviter l’occupation par un tiers non agréé |
| Cession | Contrôler le changement de locataire |
| État des lieux | Préserver la preuve des dégradations |
Questions Fréquentes
Quelles sont les clauses indispensables dans un bail commercial ?
Le bail doit notamment préciser l’identité des parties, la désignation des locaux, la durée, la destination, le montant du loyer, ses modalités de paiement, la répartition des charges et les conditions de résiliation. L’état des lieux et les annexes obligatoires doivent également être préparés avec soin.
Le bailleur peut-il interdire toute cession du bail commercial ?
Non. Une interdiction générale peut être limitée par les règles applicables à la cession du bail avec le fonds de commerce. En revanche, le bail peut encadrer la cession isolée du droit au bail et prévoir une procédure d’agrément.
La clause résolutoire permet-elle d’expulser immédiatement le locataire ?
Non. Le bailleur doit délivrer un commandement conforme et respecter le délai légal d’un mois prévu par l’article L145-41 du Code de commerce. En l’absence de régularisation, une procédure judiciaire peut être nécessaire avant toute expulsion.
Peut-on mettre toutes les réparations à la charge du locataire ?
Non. La répartition des travaux est encadrée par la loi. Certaines dépenses, notamment celles qui relèvent des grosses réparations ou de certaines obligations légales du bailleur, ne peuvent pas être transférées librement au locataire.
Le dépôt de garantie suffit-il à protéger le bailleur ?
Le dépôt de garantie constitue une première sécurité, mais il ne couvre pas nécessairement plusieurs mois d’impayés, les dégradations ou les frais de procédure. Selon le profil du locataire, une caution solidaire, une garantie bancaire ou une autre sûreté peut être nécessaire.
Chiffres Clés
📊 9 ans : durée de référence du bail commercial ouvrant notamment le droit au renouvellement, sous réserve du respect des conditions légales.
Source : Code de commerce et Entreprendre Service Public.
📊 3 mois de loyers : plafond du dépôt de garantie pour les baux commerciaux signés ou renouvelés à compter du 28 mai 2026.
Source : Code de commerce, article L145-40.
📊 1 mois : délai légal suivant le commandement avant que la clause résolutoire puisse produire effet, sous réserve du respect des conditions de procédure.
Source : Code de commerce, article L145-41.
💡 3 ans : période de référence pour l’information du locataire sur les travaux réalisés et prévus dans l’immeuble.
Source : Entreprendre Service Public, contrat de bail commercial.
Conclusion
La protection du bailleur repose moins sur la multiplication des clauses que sur leur cohérence, leur précision et leur conformité au statut des baux commerciaux.
Un bail commercial bien rédigé doit permettre de répondre clairement à plusieurs questions : quelle activité est autorisée ? Quelles sommes doivent être payées et à quelle date ? Qui assume chaque charge ou chaque travaux ? Quelles garanties sont mobilisables en cas d’impayé ? Dans quelles conditions le bail peut-il être résilié ou cédé ?
Avant toute signature, renouvellement ou modification d’un bail commercial, le bailleur a intérêt à faire vérifier le contrat par un avocat afin d’identifier les clauses insuffisantes, les transferts de charges irréguliers et les risques de contentieux. Une rédaction préventive constitue souvent la meilleure stratégie pour préserver ses loyers, son local et ses droits.
Ce contenu présente des informations générales vérifiées à la date indiquée. Les règles peuvent évoluer ou dépendre des circonstances. Il ne remplace pas l'analyse d'un avocat.
Votre avis
Cet article vous a-t-il été utile ?
Votre réponse est anonyme : aucune donnée personnelle n'est enregistrée. Les compteurs affichés reflètent uniquement les réponses réellement recueillies sur cette page.